Les mesures de parité et de diversité dans le financement des arts ne sont pas équitables.

Comme je l'ai mentionné dans mon texte précédent, les mesures de « parité », mises en place surtout dans le financement du cinéma, sont en contradiction avec les chartes, autant au provincial qu'au fédéral. À quelques nuances près, il en va de même des mesures de « diversité » instaurées un peu partout dans le financement des arts.

Ce devrait être suffisant pour qu’elle soient revues en profondeur. Il n'y a pas de feu vert à la discrimination dans ce pays.

Pour ne pas aborder cette question qui devrait pourtant être incontournable, les défenseurs de ces mesures se réfugient dans un discours où s'entremêlent les notions de discrimination systémique, de sous-représentation, d'égalité et d’équité.

Puisque ces termes sont si souvent employés comme justification, il me semble essentiel d'y réfléchir.

Discrimination systémique

Comme je l'ai évoqué dans le texte précédent, il n'y a pas de portrait complet et objectif du milieu du cinéma et c'est vrai pour les autres secteurs culturels aussi. Pour cette raison, la théorie de la discrimination systémique des uns ou des autres est loin de faire l'unanimité. Les institutions n'ont pas démontré ou même reconnu quelque discrimination que ce soit et parlent plutôt de sous-représentation.

Ça cause un problème de taille, parce-que l'article 15-2 de la Charte canadienne des droits de la personne qui permet de mettre en place des "programmes spéciaux" au fédéral (et que Téléfilm Canada invoque) est fondé sur l'élimination d'une discrimination existante…

Dis autrement, les institutions ne peuvent pas prétendre vouloir corriger une discrimination passée... qu'elles ne reconnaissent même pas.

Sous-représentation

Les artistes ne représentent pas leur sexe ou leur groupe ethnique. Il ne sont pas en représentation. On se demande bien comment ils peuvent sous-représenter ou sur-représenter des gens qu'ils ne représentent pas.

En partant, peut-on faire de nous des représentants de quoi que ce soit contre notre gré ?

Peut-on même poser en représentant ? La question, elle, se pose.

Il est légitime d'exiger qu'on nous traite comme des individus à part entière et personne n'a à porter le fardeau de quelque favoritisme qui ait pu exister dans le passé. Par ailleurs, les lois contre la discrimination servent aussi à ça.

Le concept de sous-représentation est peut-être sensé d’un point de vue sociologique, mais il ne justifie pas un système de favoritisme à grande échelle.

Égalité

Le mot égalité seul ne veut rien dire. Égalité de quoi au juste ?

À partir du moment où tout le monde a les mêmes droits, la seule chose qu'on peut encore tenter d'établir, c'est l'égalité des chances. Et il est bon de rappeler que seuls les individus ont des chances. Or, il va de soi que tous les individus n’ont pas les mêmes chances actuellement, sur papier, et les chiffres montrent que c'est le cas dans le réel aussi (je reviendrai sur ces chiffres dans un autre texte).

Devant l'évidence, les « paritairistes » et les « diversitairistes » rétorquent que les gens qu'on favorise aujourd'hui étaient défavorisés hier et qu'on ne fait que rééquilibrer les chances.

Pourtant, les chiffres des institutions ne démontrent aucun favoritisme/défavoritisme avant la mise en place des ces mesures.

En cinéma, et surtout en fiction, les budgets sont inéquitablement distribués, mais ils sont forcément influencés par la notoriété, l'expérience, le succès critique ou commercial des demandeurs, les possibilités du projet d'atteindre un public large, le type de projet, etc... Ils ne sont d'aucune façon une mesure crédible pour juger de l’égalité des chances.

Aussi, quand on fait remarquer que nombre des gens qui sont défavorisés par les politiques actuelles n'ont jamais eu de financement et qu'ils ne peuvent donc pas avoir été favorisés dans le passé, les individus disparaissent subitement du discours. Et l'égalité des chances laisse sa place à l'équité...

Équité

C'est le mot-clé. La caution morale par excellence.

Certains prétendent que l’équité consisterait à représenter la population au financement. Pourtant, il va de soi que les institutions qui financent les arts n'ont pas être équitables envers des gens… qui n'ont aucune intention de produire de l’art.

Sinon, on prétend que la répartition du financement devrait refléter la répartition des diplômés en art. Or, ce n'est pas le fait d'obtenir un diplôme en art qui nous donne une chance d'en vivre et de faire carrière, mais le fait de cheminer professionnellement et de traverser les obstacles.

C’est envers les demandeurs que les institutions doivent être équitables et personne d'autre.

Mais ça ne veut pas dire que ça ne concerne que les demandeurs actuels. Car dès le moment où on cherche du financement pour un projet, ces mesures ont un impact. C'est particulièrement vrai dans le cinéma, alors que les chances d’intéresser une entreprise de production sont liées aux chances que le projet a d'être accepté au financement dans les institutions.

Il est légitime de se demander pourquoi les demandeurs ne sont pas représentatifs de la population (pourquoi il y a plus d’hommes que de femmes par exemple, seul déséquilibre qui soit manifeste) ou encore pourquoi ça ne reflète pas les programmes d’études.

Mais il n’est pas légitime de faire passer les uns devant les autres.

En plus d’être contestables au niveau légal, les mesures mises en place à l’ONF (Office National du Film) à la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles), à Téléfilm Canada, au Fonds des médias du Canada, au CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec) au CAC (Conseil des arts du Canada), au Conseil des arts de Montréal, à Québec Cinéma (pour certaines activités) et dans certains festivals de musique (Mutek, par exemple) n’ont rien d’équitable.